Kadhafi, le mauvais bougre

12 12 2007

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi est un hôte difficile à gérer pour Nicolas Sarkozy. Il a rencontré mecredi pour la seconde fois le président français après l’avoir contredit sur le sujet  des droits de l’Homme, dans un climat de plus en plus crispé. Récit d’une rencontre avec le diable .
Cet entretien était le dernier prévu d’une visite officielle de cinq jours, première visite en France du leader libyen depuis
34 ans , qui n’en finit pas de provoquer protestations et controverses.

Dans une ambiance survoltée à l’Assemblée, le chef de la diplomatie Bernard Kouchner a été contraint de justifier l’accueil du dirigeant libyen par M. Sarkozy au nom d’une “diplomatie de la réconciliation”.Mais, signe du malaise, il a dénoncé les propos “assez pitoyables” tenus la veille par le “guide” libyen sur les droits de l’Homme, tandis que les socialistes fustigeaient la “mascarade” d’une visite sombrant dans le “ridicule”, la qualifiant de “bérézina” pour le pouvoir.

S’exprimant à l’Unesco devant des centaines de membres de la communauté africaine, M. Kadhafi avait dénoncé, lors d’un discours très applaudi, la condition des immigrés en Europe et en France, “aux droits violés par la police”, faisant au passage une claire allusion aux émeutes dans les banlieues.”Avant de parler des droits de l’Homme, il faut vérifier que les immigrés bénéficient chez vous de ces droits”, avait-il lancé à l’adresse de la France.

Le colonel Kadhafi a aussi pris mardi le contre-pied de déclarations de M. Sarkozy, qui avait assuré avoir évoqué à deux reprises le dossier des droits de l’Homme dès lundi, au premier jour de cette visite.

Dans un entretien au Nouvel Observateur à paraître jeudi, M. Sarkozy assure avoir “parlé de tout, y compris des droits de l’Homme” avec le colonel Kadhafi.”C’est vrai, j’ai été le candidat des droits de l’Homme. Je le revendique”, explique-t-il, alors que la gauche et des ONG l’accusent d’avoir tourné le dos à la “diplomatie morale” promise durant sa campagne présidentielle.Mouammar Kadhafi est en tout cas resté sourd à tout appel à améliorer la situation des droits de l’Homme dans son pays, où les associations internationales dénoncent la pratique de la torture, l’absence de liberté d’expression et la détention de prisonniers d’opinion.

Il a affirmé mardi soir que la question “ne se posait pas” dans son pays et qu’il n’y avait d’ailleurs “aucun prisonnier politique en Libye”.

Pour l’ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy est “tombé dans le piège d’un dirigeant dictateur qui n’a aucun scrupule” et qui, selon elle, est allé jusqu’à le traiter de “menteur”.”J’ai l’impression que Nicolas Sarkozy, sentant que ça se passe mal, a hâte que ça se termine”, a estimé le président du groupe PS à l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault.Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP, a lui jugé utile de “discuter avec les dictateurs” pour “les amener vers nos valeurs”, reprenant l’argumentation de M. Sarkozy.Le président français a aussi insisté sur l’importance pour Paris des contrats signés avec Tripoli, qu’il a estimé à 10 milliards d’euros.Interrogé sur ce chiffre, et sur les doutes qu’il a suscités, Yves Thibault de Silguy, vice-président du Medef international, a indiqué que certains de ces contrats étaient “en négociations, d’autres en cours d’exécution”.M. Kadhafi a rencontré mercredi plusieurs dizaines de patrons au Ritz, comparant son pays à “une mer de pétrole et un réservoir de gaz qui jouit de la stabilité” politique.Avant de rencontrer M. Sarkozy, le colonel libyen a fait une promenade sur la Seine, dont les ponts avaient été fermés par la police. Il pourrait visiter jeudi ou vendredi le château de Versailles.


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