La liberté de la presse. C’était le thème abordé lors de la conférence entre les étudiants de l’IUT de journalisme de Cannes et Denis Del Rio, avocat au barreau de Nice. Les journalistes ont-ils les moyens de protéger leurs sources devant la justice ? Les droits de la presse sont-ils suffisament développés en France ? Rencontre avec un sacré loustic.
Cheveux mi-longs, smoking à rayures, barbe de trois jours, Denis Del Rio affiche une allure décontractée sur son fauteuil, au milieu de la scène. Les étudiants en journalisme, parqués dans le théâtre du Collège international, lui font face.
Del Rio n’est pas novice dans le monde de la justice. Après avoir prêté serment en 1998, il a traité de nombreuses affaires dans le domaine des médias. Inscrit au barreau de Nice, il est aujourd’hui l’avocat attitré de Nice Matin mais également de Bernard Brochand, l’actuel maire de Cannes.
La liberté de la presse est un thème auquel il est régulièrement confronté. Nombreux sont les journalistes traînés aux tribunaux qui ont recours à des avocats des médias. Pour Del Rio, ce sont les entreprises de presse, surtout, qui en ont besoin car toute liberté d’expression fait l’objet d’une critique. Et ce sont elles qui sont responsables des articles publiés par leurs journalistes.
L’avocat ne mâche pas ses mots en ce qui concerne les droits de la presse. Il juge leur apparition trop tardive en France (loi du 29 juillet 1881), bien après les pays anglo-saxons. Ces derniers suscitent son admiration car ils ont une conception beaucoup plus évoluée de la liberté d’expression que les pays latins. « La France se vante d’être le pays de toutes les libertés mais c’est un mauvais élève. » Elle arrive seulement en 31ème position dans le classement des droits de l’homme.
Le secret des sources participe à la liberté d’expression
Entre deux boutades qui provoquent l’hilarité dans l’assistance, Del Rio rappelle qu’il a fallu attendre 1993 pour que le journaliste, entendu comme témoin, ne puisse être contraint à révéler ses sources. L’article 109 de cette loi ne lui assure pourtant qu’une protection très limitée. Pour Del Rio : « Le secret des sources, la France ne l’a pas. » La menace de poursuite pénale peut contraindre le journaliste à délier sa langue.
C’est le cas de Guillaume Dasquié, mis en examen pour avoir publié des renseignements secrets que la DST (direction de la surveillance territoriale) avait donné aux américains deux mois avant les attentats du 11 septembre. Après avoir subi des pressions pendant 5 ans, il a craqué et révélé sa source. « C’est une fausse affaire, l’exemple de la machine judiciaire dans sa déroute. Tant qu’on n’aura pas un article disant que tout journaliste peut taire ses sources, on incitera le juge à le mettre en examen pour qu’il les révèle », constate l’avocat.
Autre exemple avec les perquisitions systématiques qui ont lieu toutes les semaines à Nice Matin depuis 2005. Le journal subit les réquisitions des juges qui veulent obtenir des photographies et connaître les sources des journalistes. Maîtrisant parfaitement l’ironie, Del Rio plaide contre sa paroisse : « c’est le monde à l’envers, s’ils veulent des photos qu’ils aillent les faire eux-mêmes. Moi je conseille à mes clients de ne pas leur donner, de dire qu’ils ne gardent que ce qu’ils ont publié. »
Eclats de rire dans la salle. L’avocat fascine par son franc-parler, son regard perçant et ses convictions. Il soutient que c’est le rôle des journalistes de rattraper les dérapages de la justice. Pour lui, ces garde-fous de la liberté doivent protéger leurs sources. Le secret des sources participe à la liberté d’expression et c’est la condition indispensable pour qu’ils puissent exercer leur métier.
Dernier conseil aux étudiants : « Ce qui n’est pas avouable, ne l’avouez pas. Dans le cas contraire, là vous aurez mérité de vous faire prendre ! », avertit l’avocat, l’air goguenard. La liberté de la presse est décidément bien restreinte dans l’hexagone. Le manque de législation en la matière, flagrant.
A.B

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